LES ENFANTS DANS LES CONFLITS

http://www.sudouest.fr/2016/10/22/l-unicef-arme-face-aux-crises-2543852-2485.php :

« Depuis la fondation de l’institution, en 1946, le monde a changé et le fonds de l’ONU qui protège les droits des enfants a dû s’adapter. Pierrette Vu Van a accompagné le mouvement

En soixante-dix ans d’existence, les défis de l’Unicef n’ont jamais été aussi nombreux. Dans les guerres du Moyen-Orient ou lorsque le courroux de l’ouragan Matthew s’abat sur Haïti, les plus vulnérables trinquent toujours les premiers. Les enfants sont en première ligne. L’agence des Nations unies chargée de leur protection et de la défense de leurs droits s’est armée pour répondre aux crises du XXIe siècle. Pierrette Vu Van, ancienne responsable de terrain – de passage à Mont-de-Marsan pour les animations organisées par le comité des Landes à l’occasion des 70 ans de l’Unicef -, a pris une part active à ces évolutions.

« Sud Ouest » En quoi les urgences de 2016 sont-elles différentes de celles de 1946 ?

Pierrette Vu Van : Leur nombre augmente de manière phénoménale. Les organisations humanitaires ont du mal à suivre. Dans le monde, un enfant sur dix vit en zone de guerre. Les conflits se complexifient. Les fronts n’existent plus. Les civils deviennent des cibles ou des boucliers humains. À Mossoul, par exemple, les habitants sont prisonniers alors que la ville s’apprête à devenir un champ de bataille entre Daesh et la coalition. Dans de telles situations, la vie des enfants s’écroule. Plus d’école, plus de moyens de se soigner, la faim et parfois la solitude. Il est aisé de leur mettre une arme entre les mains ou d’en faire des esclaves.

L’agence tente de pourvoir à tous leurs besoins. Leur équilibre psychologique est primordial, et il passe par l’école. Faire classe, même sous un arbre ou dans un abri, remet un peu de normalité dans leurs vies. En République démocratique du Congo, nous avions créé des « espaces amis » des enfants : ils pouvaient s’y retrouver pour jouer. Mais notre plus grande force est d’être présents dans 155 pays. On nous connaît jusqu’au plus profond de la brousse. Quand un conflit éclate ou lorsque la nature se déchaîne, bien souvent l’Unicef est déjà sur place. Et nous serons là encore après.

Comment l’Unicef s’organise-t-il lorsqu’une crise éclate ?

Un classement sur une échelle de 1 à 3 évalue la gravité de la situation. Il prend en compte le nombre de personnes touchées, la localisation de la crise, les besoins recensés avant son déclenchement et les ressources déjà sur place. Au niveau 3, tous les moyens sont mobilisés, du siège de New York aux agences à travers le monde. Aujourd’hui, c’est le cas pour la Syrie, le Yémen, Haïti, le Soudan du Sud et, depuis cet été, le Nigeria. Une certaine quantité de denrées est envoyée d’office ou une campagne de vaccination est immédiatement lancée. On ne part plus dans tous les sens. La mise en place de ces règles a été longue. Aujourd’hui, les automatismes sont là.

Chaque conflit, chaque pays reste néanmoins différent…

Ces méthodes forment une base. Il s’agit de l’adapter à la situation et aux usages locaux, avec toujours en tête la nécessité de préparer l’après. Ce travail ne s’arrête jamais. Le personnel déjà présent dans le pays joue un grand rôle. Il connaît le contexte mieux que quiconque et est accepté des locaux. Pour être efficace, il faut aussi se coordonner avec les autres ONG. Sinon les efforts sont gaspillés, comme lors du tsunami dans l’océan Indien, en 2004. Tout le monde arrive avec de la nourriture alors qu’il y a d’autres besoins. Là encore, des procédures existent, mais seulement depuis une dizaine d’années. De manière générale, la valeur de l’humain est notre bien le plus précieux.

Quel est l’enjeu de la gestion des ressources humaines ?

Au déclenchement d’une crise grave, il faut acheminer au plus vite des spécialistes dans tous les domaines (santé, eau, nutrition…). Il se peut que ce soit au détriment d’autres programmes. Auparavant, les responsables régionaux mettaient un peu de mauvaise volonté à envoyer leur personnel le plus aguerri. Avec cette échelle des urgences, ils sont obligés de se mobiliser. Les humanitaires sont comme tout le monde : exposés aux guerres, à la précarité extrême, ils ont besoin de soutien psychologique, sinon certains peuvent commettre des abus. J’ai vu des gens devenir complètement cyniques. Il faut savoir prendre de la distance, ou alors mieux vaut faire autre chose…

Les humanitaires peuvent-ils devenir des cibles ?

Oui, et c’est une nouveauté. On l’a vu avec le bombardement du convoi humanitaire tentant de rallier Alep, en Syrie, en septembre. Mais c’est le cas partout. Cet été, en Somalie, des vaccinateurs de l’Unicef ont essuyé des tirs simplement parce qu’ils étaient là et représentaient l’ONU. Au Congo, certains prédicateurs locaux répandaient des rumeurs négatives sur nos vaccins pour asseoir leur pouvoir.

Comment travailler dans ce contexte ?

La discrétion est la clé. On ne se rend pas sur le terrain avec nos beaux 4 × 4 blancs et nos drapeaux. Il faut se fondre dans la masse, nouer des partenariats avec des locaux pour ne pas trop se montrer. Il faut rester neutre, distribuer l’aide de manière égalitaire et plaider la cause des enfants auprès de tous les belligérants. Au début des années 2000, en Irak, la situation n’était pas aussi difficile qu’aujourd’hui, mais déjà le régime de Saddam Hussein, pour protester contre les sanctions internationales, s’opposait à la mise en place de certains programmes. Il faut parler à tout le monde, y compris aux individus les moins sympathiques.

Même avec les pires régimes ?

Curieusement, on y arrive. Mon expérience en Corée du Nord m’a montré que c’est possible. Même si les autorités faisaient tout pour nous couper le plus possible des Nord-Coréens, nous avons réussi à lancer des programmes. Et quand le régime de Kim Jong-il trouvait un intérêt à nos propositions, les choses se mettaient en place très vite. Négocier l’aide des chancelleries étrangères était souvent plus délicat. Beaucoup ne comprenaient pas que les enfants nord-coréens n’étaient pour rien dans la situation politique de leur pays et qu’il fallait aussi les aider.

Est-il toujours facile de mobiliser ?

De moins en moins. Il est difficile de se mobiliser pour des guerres loin de chez soi. Notre appel à l’aide pour Haïti est actuellement très faiblement financé.

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